Ça va mieux…. Comment faire pour que ça dure ?

Ça va mieux…. Comment faire pour que ça dure ?

 

Dans un récent article (Quand la crise met en lumière nos comportements habituels), j’évoquais les bénéfices qu’une de nos interlocutrices remarquait et attribuait au télétravail « contraint » lié au confinement.

Depuis, à l’occasion de réactions à cet article ou d’échanges au fil de l’eau, plusieurs personnes nous ont fait état de progrès du même ordre :

  • Des réunions qui commencent à l’heure,
  • Des échanges plus concis et productifs,
  • Moins d’interventions parasites causes de dispersion,
  • Plus de solidarité et d’entraide entre les personnes et les équipes,
  • Des prises de décisions plus rapides

. . . que du bonheur, à telle enseigne qu’un nombre non négligeable de ceux qui y ont goûté envisagent avec regret de retrouver le chemin du bureau ! ! !

Comment s’expliquent ces changements ? Relèvent-ils d’une amélioration pérenne ou d’une embellie passagère ?

La crainte d’être soupçonné de confondre « le télétravail » et « la télé travaille » explique-t-elle la ponctualité des heures de démarrage des calls ? Une rigueur tout germanique s’est-elle diffusée comme une contagion vertueuse à la lumière des bons résultats de la gestion du Covid outre Rhin ? Les égos se sont-ils dégonflés en même temps que les chevelures prenaient du volume ? Les échanges transparents sur Teams ont-ils vraiment remplacé les groupes claniques sur WhatsApp ?

Trêve de mauvais esprit.

Sans nier les progrès observés, n’excluons pas qu’il puisse y avoir des avancées qui ne soient que conjoncturelles, en lien avec le caractère exceptionnel de la situation :

  • Une « cohésion de crise », face à l’adversité qui a permis de mettre les tensions au second plan mais n’a pas permis pour autant de traiter les désaccords de fond.
  • Des conditions de travail qui contraignent chacun à aller à l’essentiel et par là même économisent d’avoir à dire « non » aux sollicitations inopportunes
  • Un fonctionnement en « mode dégradé » qui ne permet plus le perfectionnisme, le sien comme de celui des autres

Cela nous condamne-t-il pour autant à un « monde d’après » semblable au « monde d’avant » mais en pire, pour reprendre une formule d’actualité ?

Pas forcément, je dirai même : forcément pas !

Quels sont les leviers à notre disposition si nous souhaitons rendre durables ces avancées :

  • Faire montre de volontarisme et de bonnes intentions ? Pas sûr, car il est rarissime que les dysfonctionnements soient intentionnels !
  • S’appuyer sur des méthodologies de communication et des outils collaboratifs ? Ils sont efficaces mais, il est fréquent de constater que les personnes qui sont le plus en difficulté sont celles qui ont le plus du mal à appliquer ces pratiques alors que les personnes qui en ont le moins besoin sont celles qui en tirent le plus de bénéfices.

Dans un cas comme dans l’autre, l’efficacité de ces deux leviers s’émousse avec le temps et par ailleurs, ils ne sont pas forcément aidants pour chacun.

Et si nous privilégiions une démarche basée sur des relations exigeantes ?

Si nous avons apprécié les évolutions positives de nos modes de collaboration avec nos partenaires professionnels, nous pouvons commencer par le leur dire et leur proposer une règle du jeu : être des garde fous mutuels afin de pérenniser les progrès constatés, car :

  • Nous sommes très bien placés pour les alerter s’ils reviennent en arrière et leur demander de préserver leurs progrès
  • Ils sont très bien placés pour nous aider à préserver les nôtres

Ce jeu croisé de « cliquets anti-retour » fonctionnera d’autant mieux que chacun s’attachera à de ne pas confondre « faire une demande » (je souhaite que … / je te demande de … ) et « faire des reproches » (tu as encore recommencé à … / pourquoi n’as-tu pas ?)

Ce mode de fonctionnement est une illustration d’une élévation du niveau d’exigence comme condition d’une coopération professionnelle efficace.

C’est une excellente occasion de mesurer (et de permettre à l’autre de mesurer) que :

  • L’exigence n’est ni de l’imposition, ni du rapport de force, ni de l’intransigeance.
  • L’exigence permet de demander à l’autre de progresser car il en est capable, à ce titre elle est un signe de reconnaissance
  • L’exigence est une interaction qui fonctionne dans les deux sens : l’exigence de l’un à l’égard de l’autre induit naturellement la réciproque.

 

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